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A l'Ouest

 Norbert nous raconte son histoire et on trouve ça super intéressant

Fuite à l'époque du Mur de BerlinD'abord Hambourg


Ça a été pour moi un choc culturel. Mon "passeur" était un Yougoslave, encore relativement jeune. Il m'a emmené à une heure du matin dans le quartier du port. Les maisons étaient beaucoup plus soignées et colorées, il y avait partout des réclames lumineuses et de la prostitution, ce qui n'existait pas officiellement en Allemagne de l'Est. Je suis arrivé à un endroit où les prostituées n'arrêtaient pas d'accoster les mecs, et moi je me retrouvais là en plein milieu avec mes quinze ans. C'était quand même un truc assez bizarre.


A Berlin-Ouest
J'ai pris l'avion le lendemain matin de Hambourg pour Berlin-Ouest, je ne pouvais pas traverser l'Allemagne de l'Est.

Et ce n'est que par la suite que j'ai remarqué combien d'efforts ça m'avait coûtés. J'ai perdu mes cheveux après pendant six mois. Mes tempes dégarnies, je les ai depuis mes quinze ans. J'étais à l'école et je passais ma main sur la tête et des centaines de cheveux tombaient.

En partant, j'ai su que j'allais perdre mes amis. Mais ce qui est bizarre, c'est que je les ai retrouvés après la chute du Mur, même si on ne s'était pas vus pendant vingt ans. Et ils sont encore mes copains aujourd'hui. C'est peut-être ce qui m'a déçu ici. J'avais l'impression que les gens à Berlin-Ouest étaient plus superficiels. Aussi dans leurs relations. J'ai toujours eu ici beaucoup de copains, mais pas de vrais amis. 

Fuite à l'époque du Mur de Berlin

Fuite à l'époque du Mur de Berlin

Fuite à l'époque du Mur de Berlin

 

Les différentes tentatives de fuite

Pourquoi je voulais partir...
Tout n'était pas terrible en Allemagne de l'Est. Quand on vivait là, on s'arrangeait. Je ne me sentais pas mal, je ne connaissais rien d'autre. Ça ne me serait jamais venu à l'esprit de partir. C'est ma mère qui ne voulait plus rester. Elle m'a demandé si je viendrais la rejoindre.  J'ai dit oui, bien sûr, sinon elle-même ne serait pas partie.



Le stress pour tout organiser
Il y a eu en tout huit tentatives de fuite.  C'était toujours des rendez-vous qui tombaient à l'eau au dernier moment. C'était tout de même stressant parce que je ne pouvais en parler à personne. "Je veux que tu sois rentré à telle ou telle heure", me disait mon père. "Et ce soir, tu es vraiment à l'heure." Alors je revenais trop tard et je me faisais disputer parce qu'à lui non plus je ne pouvais pas dire la vérité.  Il ne fallait pas qu'il sache. C'était difficile de tout garder pour moi.  Ce sont des choses qui préoccupent.

Au départ, je devais aussi m'enfuir dans la voiture d'un diplomate, mais comme j'étais mineur, personne ne voulait de moi. Il a donc fallu passer par une organisation spécialisée. Il y avait des gens aussi bien à Berlin-Ouest qu'à Berlin-Est qui organisaient les fuites : ils achetaient des vieilles voitures, engageaient des chauffeurs, envoyaient des messagers. Mais tout ça coûtait de l'argent. Ma mère a payé une somme correspondant à peu près à 20.000 € actuels pour que je puisse passer de l'autre côté du Mur.


Fuite à l'époque du Mur de BerlinOn était en contact par des messagers. On m'envoyait quelqu'un, on se donnait rendez-vous et il ou elle me donnait des nouvelles. On ne parlait de rien par téléphone.  Et par lettre non plus. Le courrier était ouvert en partie, pas pour tout le monde, mais pour certains oui. Ça se remarquait d'ailleurs. Donc ça a duré un petit plus d'un an avant que ce soit mon tour et que ça marche. C'était le 8 avril 1978.

 

  Norbert nous montre la route de transit par laquelle il a fui.

 

Fuite à l'époque du Mur de BerlinFuite à l'époque du Mur de Berlin










Le permis pour la mobylette que Norbert s'était acheté avec l'argent de la Jugendweihe. Il a dû malheureusement la laisser en partant. Mais c'est aussi grâce à elle qu'il a pu s'enfuir.

 

 

La dernière tentative de fuiteFuite à l'époque du Mur de Berlin
Les préparations
Pour ma dernière tentative de fuite, j'avais rendez-vous avec mon „passeur“ à l'Alexanderplatz, la grande place au centre de Berlin-Est. On a bu une bière ensemble et on a parlé. J'ai appris plus tard qu'il avait d'abord voulu voir comment j'étais. Après, il m'a demandé comment je pourrais aller rejoindre la route de transit. Je lui ai répondu que j'allais essayer d'y aller à mobylette. Alors on s'est donné rendez-vous à un endroit précis, à une heure précise. Ce jour-là, devant chez moi, il y avait une voiture garée avec à l'intérieur des personnes de la Stasi, la police politique. On les reconnaissait facilement parce qu'ils

étaient assis à quatre avec un panier plein de provisions et regardaient toujours dans la même direction, alors ils ne passaient pas inaperçus.

Donc la voiture était devant la maison et je ne savais pas s'ils étaient au courant de quelque chose. Je suis d'abord monté sur ma mobylette, j'ai pris plein de petits chemins peu fréquentés, je suis passé par des aires de jeux pour ne pas qu'ils puissent me suivre. Je devais faire le tour au nord de Berlin-Ouest, prendre un bout d'autoroute mais avec tout le stress j'ai pris la route du mauvais côté. J'ai donc fait demi-tour sur l'autoroute ce qui m'a valu 10 Mark d'amende parce que j'ai été arrêté par la police. J'en ai profité pour demander aux policiers la bonne route. Et puis je suis arrivé à Bredow, un village tout près de Nauen. Là, j'ai déposé ma mobylette. Il y avait une vieille dame qui regardait par la fenêtre. Je lui ai dit que j'avais un problème de moteur, si elle pouvait y faire attention, je reviendrais le lendemain.
Il restait encore deux kilomètres jusqu'à la route de transit. Je suis parti avec mon casque sous le bras et mon sac à dos. Trois personnes différentes m'ont proposé de me prendre en voiture et à chaque fois, j'ai dit qu'il y avait quelqu'un qui allait venir me chercher. Puis je suis arrivé à l'arrêt de bus, et comme j'avais déjà vu la voiture, j'ai sorti mon pouce comme pour faire de l'auto-stop. Il s'est arrêté et je suis monté devant. Et plus tard - il faisait déjà nuit - j'ai grimpé dans le coffre. C'était très étroit, je ne pouvais pas du tout bouger les bras et à un moment, on est arrivés à la frontière.

A la frontière
C'est l'homme qui me l'a raconté après, parce que moi, sur le moment, je ne pouvais rien voir. On le suspectait parce qu'il était allé de Hambourg à  Berlin-Ouest, puis à Berlin-Est, puis de nouveau à Berlin-Ouest avant de repartir pour Hambourg. On lui dit donc de se diriger sur une voie spéciale, et on ferma les barrières derrière lui.  Après, j'ai pu entendre une partie du dialogue entre mon chauffeur et le soldat.  Ce dernier lui demanda ce qu'il avait dans son coffre ? Il a bien réagi, il a retiré tout de suite les clés du moteur, prêt à aller ouvrir son coffre. Et il a ajouté : "Pas de problème, vous voulez jeter un coup d'oeil ? Et le soldat a répondu : " C'est bon ".  Il a seulement contrôlé les papiers et mon chauffeur a pu continuer sa route.
Je suis resté en tout deux heures dans le coffre, ce n'était vraiment pas confortable et en plus très bruyant. Ton coeur bat très vite mais je ne dirais pas que c'était de la peur que je ressentais.  Un peu peut-être à la frontière. Dix minutes après les contrôles, il m'a fait sortir du coffre. Il était content, j'étais content.  Pour lui aussi, c'était la première fois qu'il faisait ça.

Mon père
Je lui ai téléphoné évidemment pour ne pas qu'il se fasse de souci. Et bien plus tard, j'ai appris qu'il avait été au courant que ça allait arriver. Ma mère lui en avait parlé avant qu'elle-même ne parte. Elle voulait s'assurer qu'il s'occuperait de moi pendant son absence.
Ça a duré longtemps avant que je ne puisse aller à Berlin-Est. Ils ne m'ont pas laissé rentrer.
Pendant dix ans, je n'ai pas pu voir ma famille. J'ai revu mon père au bout de six ans, on s'est rencontrés en Hongrie. On a passé une semaine ensemble.

Fuite à l'époque du Mur de Berlin

Fuite à l'époque du Mur de BerlinNorbert a quatorze ans quand sa mère, avec laquelle il vit seul à Berlin-Est, fuit de l'autre côté du Mur. Commence alors pour lui toute une aventure. Clique sur les titres...

Fuite à l'époque du Mur de Berlin

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 Ma mère s'enfuit


Comment tout a commencé...
Il y avait des gens qui ne voulaient plus vivre en Allemagne de l'Est. Ma mère était l'une d'entre eux.  A l'époque, elle travaillait dans une toute petite ambassade, l'ambassade du Pérou de Berlin-Est. Ils n'étaient que trois : l'ambassadeur, le premier secrétaire et ma mère. Entre eux ce sont crées des liens étroits qui sortaient du cadre du travail. On faisait ainsi souvent des excursions ensemble le week-end. Puis cet ambassadeur a été muté dans un autre pays. Juste avant de quitter l'Allemagne de l'Est, il a mis ma mère - avec son accord bien entendu - dans son coffre de voiture et s'est rendu à Berlin-Ouest en passant par le Check Point Charlie,les voitures diplomatiques n'étant pas contrôlées. Ma mère avait donc quitté le pays. Je venais d'avoir quatorze ans.

Fuite à l'époque du Mur de Berlin

 

La "Jugendweihe"Fuite à l'époque du Mur de Berlin

Ma mère est partie le 3 mars 1977, deux, trois jours avant ma Jugendweihe. C'était terrible. C'était une fête pour tous les élèves de ma classe. Une salle immense avait été louée pour l'occasion. Chaque famille avait une table pour elle et à ma table, tout le monde se taisait et regardait dans son assiette, et ma mère n'était pas là. C'était plutôt bizarre. Elle-même n'avait pas su quel jour elle partirait. C'était elle qui avait organisé la fête. C'était donc une surprise pour tout le monde.

L'interrogatoire
C'est là que j'ai fait la connaissance de la Stasi, la police politique. Ils sont venus me chercher à l'école. J'étais en plein cours, la porte s'est ouverte, la secrétaire a dit : „ Il y a deux hommes qui aimeraient te parler !“ J'ai donc dû les accompagner au commissariat de police et là, il m'ont interrogé. L'interrogatoire a eu lieu dans une petite pièce, avec une fenêtre en hauteur, un bureau, deux chaises et une machine à écrire. Je me suis assis et l'homme en face de moi m'a demandé ce que je savais sur la fuite de ma mère. Je savais ce que je devais répondre ou taire, je m'étais entraîné à l'avance. J'ai donc raconté un petit peu. L'homme était resté tout le temps tranquille et ne parlait pas fort.  D'un seul coup, il s'est levé d'un bond et s'est mis à crier : „ Vous ne pouvez pas me raconter que votre mère n'ait pas fait de préparatifs avant de partir ! " Ça m'a super effrayé, je n'avais pas du tout compté sur ce genre de réaction. Je lui ai répondu qu'elle avait dû sûrement faire des préparatifs dans sa chambre, et que dans sa chambre, je n'avais rien à y faire. A la suite de ça, notre appartement a été confisqué. Ça veut dire que tout ce qui appartenait à ma mère, appartenait désormais à l'Etat. Même moi, je n'avais pas le droit d'emmener quoi que ce soit de l'appartement. A partir de ce jour-là, j'ai habité chez mon père.

1989
Et puis, d'un seul coup, ça n'a plus continué. C'était en 89.

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